« Homesickness » : Comment gérer le mal du pays quand on est Au Pair ?

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Pour devenir Au Pair, vous consacrez beaucoup de temps à lire des conseils pour valoriser votre profil ou réussir vos entretiens. Les plus motivées ont tendance à survoler l’aspect émotionnel et le risque de mal du pays. Elles rêvent de ce projet depuis si longtemps qu’elles se pensent à l’abri du fameux « Homesickness« . Pour d’autres, l’évoquer avant le départ semble risqué, comme si montrer cette possible inquiétude pouvait porter préjudice à leur candidature.

Pourtant, éprouver une nostalgie de chez soi malgré une excellente entente avec sa famille d’accueil est une réalité pour la majorité des Au Pairs. Ce sujet demeure d’ailleurs tabou, injustement perçu comme une marque de vulnérabilité alors qu’il est profondément humain. Nous avons donc choisi de briser le silence sur ce « coup de blues ».

Souvent passager mais parfois pesant, ce sentiment mérite d’être décrypté pour que vous puissiez mieux traverser cette phase. Un séjour à l’étranger reste la vraie vie, avec ses hauts et ses bas : c’est simplement la vie, mais ailleurs !

Comprendre l’origine du mal du pays (même quand tout va bien)

Une fois installée dans votre famille d’accueil, la vie quotidienne reprend le dessus. Les repères changent, le rythme s’impose et les vrais défis apparaissent : la barrière de la langue, la cohabitation et la distance avec vos proches. Identifier ces mécanismes permet de mieux comprendre ce qui vous arrive et de déculpabiliser.

Vivre dans une autre langue : la fatigue de l’immersion

S’exprimer dans une langue étrangère du matin au soir impose une vigilance constante. Qu’il s’agisse de comprendre des consignes, de gérer un imprévu ou de suivre une conversation en fin de journée, l’effort intellectuel est considérable. Cette fatigue cognitive s’ajoute à la dépense physique liée à la garde d’enfants.

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C’est une charge invisible pour ceux qui vous entourent. Chercher ses mots, éviter les malentendus et s’adapter aux codes de la famille exige une attention de chaque instant. L’incapacité à mettre des mots sur des émotions fortes accentue alors le sentiment de malaise. En fin de journée, cette accumulation peut entraîner une vraie saturation. Ce manque d’aisance linguistique peut donner l’impression de s’effacer ou de ne pas pouvoir exprimer sa véritable personnalité. Dès lors, le besoin de s’isoler et de rester dans le silence s’avère essentiel pour laisser le cerveau se reposer et se retrouver.

Le déclic se produit généralement après trois mois. Vous réaliserez un soir que vous avez suivi toute la discussion du dîner sans traduire chaque phrase mentalement. Les automatismes s’installent : les réponses deviennent spontanées et l’humour avec les enfants plus naturel. Une fois ce mode « traduction » permanent effacé, vous disposez enfin de l’énergie nécessaire pour exprimer vos ressentis réels. Les échanges deviennent alors de véritables moments de partage, prouvant que l’aventure Au Pair est la voie idéale pour devenir bilingue.

Le sentiment de distance avec vos proches en France

L’éloignement géographique finit par créer une distance émotionnelle. Voir la vie continuer sans soi est un constat parfois difficile à accepter, surtout les jours où le moral est déjà fragile. Les réseaux sociaux accentuent ce ressenti : chaque événement fêté en votre absence creuse un peu plus ce sentiment de déconnexion avec votre entourage. Un manque de visibilité sur votre réalité s’installe inévitablement auprès de vos proches restés en France. Entre leur insouciance et cet équilibre familial qui se recrée sans vous, le sentiment de ne plus se comprendre grandit.

La logistique complique encore les échanges. Avec le décalage horaire, impossible d’appeler ses parents ou ses amis sur un coup de tête. Cette organisation enlève une part de spontanéité. Les proches ne sont pas toujours disponibles au moment précis où la fatigue ou la saturation se font sentir, et cette solitude pèse davantage après une journée éprouvante.

Au-delà de cette réalité, beaucoup d’Au Pairs témoignent d’un paradoxe singulier : celui de la solitude au sein d’un foyer pourtant animé. Malgré une bonne entente avec la famille, un vide intérieur peut persister, même au cœur de l’énergie débordante de la maison. Ce malaise est souvent renforcé par l’impression que les proches en France ne perçoivent pas la réalité du quotidien ni l’exigence du rôle sur place.

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L’impact émotionnel des fêtes et des événements familiaux

Il y a des dates que l’on ne peut pas ignorer. Noël, les anniversaires ou les réunions de famille agissent comme une loupe sur l’absence et rendent l’éloignement très concret. Le plus difficile est souvent le contraste après l’appel vidéo : voir l’effervescence d’un repas de famille depuis sa chambre accentue la sensation de manque. C’est durant ces périodes que l’envie de rentrer est la plus forte.

Pour ne pas subir ces moments, essayez de les réinventer. Anticiper permet d’éviter de rester seule face à son écran. Vous pouvez organiser un dîner pour faire découvrir vos traditions à votre famille d’accueil ou prévoir une sortie entre amis. Créer vos propres souvenirs sur place aide à vivre votre propre expérience plutôt que de regarder celle des autres à distance.

Le cap des 5 ou 6 mois marque souvent un tournant. La nouveauté s’efface pour laisser place à une routine qui apporte ses propres contraintes. Avant de décider quoi que ce soit, prenez le temps d’observer ce qui influence vraiment votre moral sur quelques semaines. Soyez attentifs à vos besoins réels : pour certains, il s’agira de sortir et de voir du monde pour se changer les idées, tandis que pour d’autres, le besoin de se poser et de ralentir sera essentiel. Identifiez ensuite ce qui vous pèse réellement, comme l’isolement ou l’omniprésence des réseaux sociaux.

Vous arriverez mieux à faire la part des choses entre une fatigue passagère et un malaise plus profond. C’est souvent là que l’on réalise qu’être trop connectée à la France empêche de s’ancrer vraiment là où l’on vit.

Les solutions des anciennes Au Pair pour reprendre le dessus

Les anciennes Au Pair qui ont surmonté cette phase de doute racontent que la solution vient souvent en arrêtant d’attendre que les choses arrivent d’elles-mêmes. Voici les conseils qu’elles partagent pour dépasser le homesickness.

Oser dire à sa famille d’accueil que l’on a le mal du pays

Beaucoup d’Au Pairs n’osent pas parler de leur vague à l’âme par honte ou par peur de vexer leurs hôtes. Pourtant, avoir le mal du pays est un ressenti normal. Partager ce que vous vivez aide la famille à mieux vous comprendre et à vous soutenir. Louise, Au Pair d’un tout-petit en Pennsylvanie, se souvient qu’en parler avec ses Hosts lui a apporté un soulagement immédiat. Mettre des mots sur ce blues permet de faire retomber la pression. Parler à ceux qui vivent l’aventure avec vous fait partie de la vie du séjour et enrichit votre expérience.

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Se créer un véritable « chez-soi » dans sa chambre d’Au Pair

Votre chambre est votre seul véritable espace privé. Pour vous y sentir bien, appropriez-vous les lieux : décorez les murs avec vos photos et mettez en valeur vos objets personnels. Il est essentiel de transformer cet endroit en un véritable refuge pour décompresser après une longue journée avec les enfants. Aménager cet espace à votre image vous aidera à mieux traverser les moments de tristesse grâce à des habitudes simples et ressourçantes, comme la lecture, le dessin ou la musique. C’est dans ce cocon que vous récupérerez l’énergie nécessaire pour vous ouvrir pleinement aux autres le lendemain

Planifier des projets et de nouvelles étapes

Pour rompre la routine, fixez-vous des rendez-vous : un voyage, un concert ou une nouvelle activité. L’essentiel est de s’ouvrir. À chacun sa méthode : Mathilde, Au Pair dans l’Idaho, s’est épanouie à l’université au contact de multiples nationalités, tandis que Victoria en séjour dans le Michigan, a choisi d’explorer les USA en road-trip avec d’autres Au Pairs. Gardez toujours une sortie en vue via les groupes d’Au Pairs ou des applications comme Meetup. Avec les progrès en langue, il devient plus facile de plaisanter et de s’intégrer ; l’isolement diminue à mesure que vous créez vos propres attaches sur place.

trouver le bon équilibre avec ses proches

Trouver le bon équilibre avec ses proches

Garder le lien avec vos racines est essentiel, mais la fréquence de vos échanges avec vos proches influencera votre capacité à profiter pleinement de votre séjour. À vous de trouver votre propre rythme. Certaines, comme Mathilde et Laura, conseillent d’appeler leur famille dès que le besoin s’en fait sentir pour se rassurer. À l’inverse, Cybélia souligne qu’un contact permanent avec la France peut parfois freiner l’immersion culturelle. L’important est de rester à l’écoute de vos besoins tout en favorisant votre ouverture au monde.

Mieux vaut privilégier des rendez-vous fixés pour les appels plutôt que de réagir en continu à chaque message reçu sur WhatsApp ou Messenger. En décrochant ainsi du téléphone, vous libérez votre esprit pour ce que vous vivez sur place. Observez l’impact de ces échanges : si un appel vous redonne de l’énergie, maintenez ce lien. À l’inverse, si le flux constant de messages finit par peser sur votre moral ou alimenter le manque, tentez d’espacer les réponses. Identifier ces mécanismes permet d’ajuster vos habitudes de communication sans pour autant tout remettre en question. Avec le temps, on distingue plus clairement celles qui nous portent de celles qui nous coûtent.

En s’appropriant leur environnement et en choisissant de vivre davantage au présent, les anciennes Au Pair ont réussi à se construire un quotidien où elles se sentent enfin chez elles. Finalement, reprendre le dessus, c’est accepter de s’ancrer pleinement là où l’on se trouve pour retrouver sa motivation initiale.

Et si le mal du pays persiste malgré tout ?

Parfois, malgré toute la bonne volonté du monde, le mal du pays persiste. Il n’y a aucune honte à cela : un séjour à l’étranger est un défi émotionnel de chaque instant, et il est normal d’avoir besoin d’un soutien extérieur pour franchir certains caps. Il est alors possible de se tourner vers l’accompagnement prévu par votre programme.

community counselor avec une fille au pair

Aux États-Unis, ce suivi est assuré par le coordinateur local (appelé ou Community Counselor ou Local Childcare Consultant dit LCC selon les agences Au Pair). Ce référent est un médiateur habitué à accompagner les Au Pairs à travers les différentes étapes de leur séjour. Son regard extérieur permet souvent d’y voir plus clair quand le « homesickness » semble prendre toute la place. En identifiant les petits blocages invisibles qui freinent votre intégration, il vous aide à envisager des solutions concrètes, sans jamais dramatiser la situation.

Échanger avec quelqu’un qui a vu défiler des dizaines de parcours similaires suffit souvent à déculpabiliser. En mettant des mots sur votre ressenti auprès d’un professionnel bienveillant, vous réaliserez que ce que vous traversez est une phase d’adaptation classique. C’est souvent le déclic nécessaire pour reprendre confiance et vivre, enfin, votre aventure à 100 %.